The Tropicool Company
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Rosa Luxembourg

ROSA LUXEMBOURG
NICOLAS MILHE

Avec sa sculpture Rosa Luxemburg, Nicolas Milhé est devenu le 7e lauréat du Prix Maif et réaffirme la dimension politique qui irrigue son travail. D’une facture classique, la sculpture dont il existe une version en marbre et en bronze, présente la célèbre militante communiste sous les traits d’une femme d’aujourd’hui, col boutonné et pantalon taille haute.

Alexandrine Dhainault : Pourquoi avoir choisi de rendre hommage à Rosa Luxemburg ?

Nicolas Milhé : C’est d’abord un personnage fascinant, une grande figure de l’internationalisme. Je suis étonné finalement du peu de gens qui la connaissent. C’était une grande penseuse, un personnage magnifique, révolutionnaire et pacifiste, qui a été assassiné au moment de la guerre, comme Jaurès en France. Je me suis d’abord intéressée à elle par ses lettres écrites en prison qui sont d’une beauté hallucinante. C’était déjà le nœud de mon exposition « tsvi-tsvi » à la Galerie melanieRio à Nantes en 2014. Le « tsvi-tsvi », c’est le chant de la mésange que Rosa Luxemburg imitait depuis sa cellule pour attirer les oiseaux. Je ne suis pas tant rentré dans son histoire par la voie militante mais plutôt par la poésie de ces courriers. Je me suis penché ensuite sur son parcours politique. Dans mon exposition « Spartacus » au Printemps de septembre à Toulouse, je l’avais aussi également choisie comme figure tutélaire, en référence à la Ligue spartakiste, le groupe révolutionnaire qu’elle avait fondé. J’y représentais une immense usine un peu mortuaire avec des cloches suspendues. Rosa Luxemburg représente un tournant du début du XXe siècle en Europe et dans le monde. Pour moi, elle fait partie des personnages qui auraient pu changer le cours de l’histoire. Peu récompensée au final puisque assassinée par ses petits camarades du SPD, l’équivalent des socialistes d’aujourd’hui, qui étaient déjà des traîtres (Rires) ! J’aime convoquer des figures importantes comme elle dans mon travail.

À travers le choix d’une tenue contemporaine, Rosa Luxemburg est devenue une jeune fille un peu lisse, presque sage et tendance. C’est une démarche assez iconoclaste.

N.M : Non, pas du tout, pour moi, c’était un hommage à sa beauté. C’est une femme qui est morte jeune, une très belle femme, un peu plus tassée que la belle Sophie qui a servi de modèle, mais j’ai fait un casting très honnête !

Un casting ?

N.M : Oui, un casting sauvage. Je cherchais quelqu’un qui pouvait lui ressembler dans l’allure. C’est une jeune architecte qui a servi de modèle. Je l’ai scannée puis les marbriers d’art ont assuré les finitions. Je voulais ramener Rosa Luxemburg vers nous. L’habiller de manière contemporaine, c’est un anachronisme, un hommage à la fois à mon modèle et aux pensées de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas dans la nostalgie, mais je voulais lui donner une sorte d’immortalité qui serait renouvelée. Je ne suis pas un sculpteur sur marbre. J’arrive à la sculpture grâce à un procédé de scan 3D où il n’y a pas de triche. Je joue avec un modèle vivant et un système de sculpture qui est une empreinte de la réalité.

En quoi le passage au bronze pouvait t’intéresser ?

N.M : Il y avait déjà un côté « art officiel » dans ma première version en marbre. Là, elle va prendre une dimension un peu plus « espace public ». Dans les deux cas, j’adopte une certaine position classique. Il y a un jeu temporel dans la forme et la manière de faire de la sculpture. L’anachronisme vient aussi de l’hyper technologie que je voulais contrebalancer par la facture très traditionnelle de la statuaire en bronze. Il y a finalement une suite logique.