The Tropicool Company
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L'HÔTEL

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VERTIGES DE L'AMOUR  ou Le discours d'un président .

La jeunesse est peut-être l’attribut éternel de ceux qui confondent l’acte d’aimer avec le fait de désirer quelqu’un. La nature humaine étant bonne, pense-t-on alors, nos instincts le sont aussi, forcément. Il suffira donc de se laisser glisser le long de la pente de ses inclinaisons les plus naturelles pour "tomber" de soi-même sur ce trésor enfoui nul part mais affleurant partout que l’Occident a nommé Amour.

En grandissant, cependant, il arrive parfois que certains d’entre nous se mettent à distinguer l’amour du désir soit à ne plus prendre ses envies personnelles pour la réalité d’un sentiment amoureux. Nos souhaits du moment ne dépendant finalement que de nous, faire reposer sur eux la réussite d’une relation amoureuse apparaît bien trop risqué. L’amour, découvre-t-on à cette occasion, n’était pas une chose que l’on porte en soi mais une passion, de la passion, cette matière magique qui attache des êtres les uns aux autres en les collant, littéralement, ensemble.

Or quel enseignement délivre cette « matière » passionnelle ? Et bien, que l'amour n’est pas de l’ordre de ce qui attire le plus mais ce qui demande, au contraire, un minimum de retenu. Qu’il n’est pas ce qui se profile à l’horizon de nos projections imaginaires mais ce qui, ici, et maintenant, exige de soi une discipline physique et mentale. Que la Carte du Tendre n’est pas un jardin à la française de plaisirs en liberté mais aussi, si on le décidait, une jungle équatoriale de sentiments où seuls survivent ceux qui arrivent à contrôler leurs émotions.

Fort heureusement, le temps passant pour tout le monde, le royaume anarchique de la passion, comme avant lui la loi inexorable du désir, finira un jour par relâcher sur nous son emprise. Ce qui aura pour conséquence de faire apparaître le récif de l’ultime question : la relation amoureuse, pour être complète, ne doit-elle pas aussi nous engager dans un certain type de rapport à la sagesse, à la quiétude, au bonheur ? N’existe-t-il pas en effet, par-delà désir et passion, quête et combat, stratégie et maîtrise, cette autre manière de fréquenter l’autre que l’on appelle galamment "les rapports intimes" ?

L’intimité… ou la propension partagée par deux personnes à situer le lieu d’où ils s’aiment dans l’Écart Absolu qui, en les séparant irrémédiablement, les oblige à s’adresser sans faux-semblants l'un à l'autre, c’est-à-dire en tant que sujets distants, insaisissables, énigmatiques et, pour ces même raisons, totalement réjouissants. L’amour, depuis le début, se tapissait là. Dans ces gouffres abyssaux que tout couple ne peut manquer de former mais qui, parce qu’ils sont sans-fonds, arrive parfois à s’en satisfaire à tout jamais.

Jonathan Chauveau-Friggiati

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HOTEL TROPICOOL. En souvenir du Chelsea Hotel.
LE QUADRILATÈRE, Beauvais.

1er juillet - 17 septembre 2017

Installation archipélique organisée par The Tropicool Company au sein de l'exposition collective " L'Écart Absolu III : Le Nouveau Monde Amoureux".

Avec des pièces originales ou reproduites de Aïda Bruyère, Florian Viel, Rada Boukova, Raffaello Sanzio da Urbino, Gotlib, Hergé, Cédrick Eymenier (Coriolis Sounds), Stephen Loye, Camille Henrot, Franck Scurti, We Are The Painter, Elvire Bonduelle, Sixtine Philippe, Pierre Henri Chauveau, Linda Bujoli, Georges Maciunas, Hans-Peter Feldmann, Jacques Lacan, Le Président-Fondateur, Roman Cieślewicz, Mœbiu, Antoine Espinasseau, Hippolyte Hentgen, Anonymes, Michel Journiac, Peter Sloterdijk, Keith Moxley, L'International Situationniste, Jean-Pierre Brisset, Andreï Tarkowskii, John Gould, David de Tscharner, Rebecca Bournigault, Combat, Raymond Pettibon...

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L’exposition collective L’Écart absolu au Quadrilatère à Beauvais est envisagée comme un lieu d’essai. Les espaces se construisent et se déconstruisent peu à peu, comme une forme à organiser sans cesse. Certaines oeuvres restent, d’autres passent. Privilégiant l’expérience sur le site, une centaine de propositions se côtoient de février à septembre et expérimentent une organisation commune à la frontière du design, des arts plastiques, des arts décoratifs et des arts appliqués.
 
La méthode élaborée à partir du doute absolu surgit de l'oeuvre de Charles Fourier en ne proposant rien moins que de refaire l'entendement humain et nos rapports à l'exposition pour réinventer la vie au Quadrilatère, en fonction de ce qu'on s'est toujours employé à empêcher, détourner, réprimer, autrement dit en fonction de nos passions.
Dans la continuité des deux premières expositions, cette troisième étape Le nouveau monde amoureux,  mue par le mouvement et le désir d'aller vers l'autre, propose une mise en dialogue d'oeuvres aux intuitions prophétiques, à l'humour agressif et à la force d'un imaginaire poétique. Présentée parallèlement à l'exposition Heures italiennes, le naturalisme et le Baroque, l’exposition L'Écart absolu – Le nouveau monde amoureux rapproche le passé et le présent, le plus proche et le plus lointain, un tout dont la cohérence est celle du désir afin de créer cette commune élection à l'ordre complexe.
 
Les ambitions du nouveau monde amoureux s'inscrivent également en continuité des travaux d'André Breton et des surréalistes : organiser une exposition comme une manière de lier le sensible et l'intelligible, de penser le sensible et l'affectif selon un signe ascendant. L'exposition est un mouvement, une métamorphose qui appelle nécessairement un aller vers autrui et le monde. En explorant les relations aux autres, aux sentiments amoureux, aux heureuses surprises de liens, de plaisirs et de bonheurs, le Quadrilatère exprime son attachement à la beauté du monde, de l'art, à la joie qu'il nous donne et par affinité au plaisir des sens.
Toujours plus ancrée dans le dialogue entre création contemporaine et patrimoine et à travers des œuvres qui convoquent à vivre une communion par relations réciproques, l'exposition L'Écart absolu – Le nouveau monde amoureux est habillée de mouvement : vers la beauté, l'extase et au-delà du sensible, vers ce plaisir privilégié qui exige la présence d'autrui. 

« L'harmonie est ce lieu sublime où les passions s'équilibreront elles-mêmes, non par l'autorité de quelque raison légiférant à part, mais par le seul effet des chemins droits que la réflexion ouvre à la spontanéité. » Simone Debout, La plus belle des passions, Cahier Charles Fourier n°27-2016.

Commissaire de l’exposition et responsable du Quadrilatère : Tiphanie Dragaut-Lupescu
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