The Tropicool Company
The Tropicool Company

TIREZ SUR LE PRÉSIDENT !

TIREZ SUR LE PRÉSIDENT !

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Inventée le lundi 3 novembre 2014 sur l’île de Sète par le Président-Fondateur Jonathan Chauveau-Friggiati et le Directeur Executif Florian Viel, The Tropicool Company est une entreprise, une marque, une exposition, un commerce, un studio de création, une idée itinérante, une éthique de groupe, une philosophie immunitaire, une multiplicité d’auteurs, une œuvre à l’œuvre d’elle-même et un être-de-fiction autonome.

The Tropicool Company c’est aussi une organisation matricielle générée, reformulée et alimentée en énergie par la translation de personnalité de l’individu Jonathan Chauveau - Friggiati vers celle de « Président – Fondateur » de cette entreprise dont il est d’ailleurs moins le créateur que la créature, l’occupant d’une fonction dans un organigramme plus que son dirigeant.

La métaphore géologique qui anime philosophiquement The Tropicool Company est celle qui de passes en passes, fait passer du stade de l’île, de l’insularité artistique, au stade de l’archipel, des créations archipéliques.

La métaphore qui travaille le Président-Fondateur est celle d'une mise à nue des atours de la Présidence par ses secrétaires, même, exercice de déphallocentrisme appliqué à soi-même c'est-à-dire en l'occurrence au cliché ultra-phallocentré du personnage archéptypal du "Président" que je me plais à incarner tout le temps afin de pouvoir m'amuser à le déjouer en permanence.

Extensivement influencé par Marcel Broodthaers et GENERAL IDEA, le Président-Fondateur de The Tropicool Company a repris au premier l’exigence philosophique d’une distanciation critique par rapport aux rôles prêts-à-portés produits par la sociologie du monde de l’art et aux seconds la nécessité existentielle de s’investir intimement dans ce que l’on fait tout en échappant à la figure imposée de « l’artiste qui s’exprime en son nom ».

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Notre époque n’étant plus néanmoins ni celle de Broodthaers ni celle de GENERAL IDEA, les quartiers généraux d’aujourd’hui sont forcément différents de ceux d’hier. Si ceux des années 60 et 70 étaient bien le Musée d’Art et son Directeur/Colonel (ou l’Idée d’Art comme Pouvoir) et ceux des années 80 et 90 l’Artiste Contemporain à succès et la Galerie (le Mythe du Génie Artistique en lien avec la réussite économique et la reconnaissance médiatique), force est de constater que ceux des années 2000 et 2010 c'est désormais l’Entreprise Mécène des arts et son/sa Président(e).

Aujourd’hui, le/la Mâlalpha de l’Art n’est plus ni le couple Directeur/Musée ni le couple Artiste/Galerie mais bien le couple Entrepreneur / Mécène - Fondation  qui les a supplantés. Et c’est pour cette raison que nous avons investi ce nouvel assemblage de manière critique et humoristique afin de le détourner, de le phagocyter, de le délirer et de le réinventer en créant l’entreprise The Tropicool Company et le personnage du « Président-Fondateur » qui va forcément avec.

 La bonne critique est celle qui se fait de l’intérieur en acceptant de s’intoxiquer avec ce qu’elle ne veut plus interroger mais à quoi elle veut désormais apporter des réponses. Car nous n’écoutons plus ce qui pose et repose les mêmes questions forcément sans réponses car toujours formulées à partir d’une position extérieure à ce qu’elles entendent problématiser. Les paroles se perdent dans l'air tandis que les virus prospèrent dans les chairs…  

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« En toute chose il y a du bon » dit-on. Encore faut-il le chercher : c’est bien parce que les vrais directeurs / musées avaient un réel prestige à son époque que le faux directeur du « Musée d’Art Moderne. Département des Aigles » de Broodthaers a été aussi pertinent ; et c’est également parce que la formule de l’artiste-à-succès-qui-se-met-en-scène était opérante à ce moment là que son dédoublement critique par GENERAL IDEA a tapé dans le mille.

Qu’y-a-t-il de bon, donc, dans la Forme de l’Entreprise telle qu’elle est communément comprise, acceptée et vécue aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait son efficace et que nous pouvons tous reprendre à notre compte ? Quelle est cette irrésistible propension qui lui est propre et sur laquelle nous sommes tous libres de pouvoir surfer si nous nous constituons en entreprise, si nous décidons de « faire entreprise » comme on dit "faire œuvre" ?

La réponse est : une culture. Mais pas n’importe quel culture. Une culture au sens de culture d’entreprise, de « culture maison». Car si les entreprises fascinent tant, si elles ont tendance à « marcher », à s’inscrire sans trop de résistance dans le réel de nos pensées et de nos corps à long terme, c’est parce qu’on leur accorde spontanément le droit de s’instituer elles-mêmes, de produire une culture sui generis afin d’inventer et de développer des univers créatif propre et dont le but explicite est de mettre en place une stratégie de « possession », et tout cela sans avoir à faire reposer la légitimité de cette intention sur l’originalité d’une individualité créatrice ou la préexistence d’une tradition respectée. Autrement dit : de se constituer collectivement ad hoc en marque porteuse et exportatrice de valeurs éthiques.

C’est cela qui explique selon nous la raison pour laquelle notre époque est celles des entreprises et des marques qu’elles créent ou possèdent. Parce que elles seules créent à grandes échelles sans avoir à le faire sous la bannière d’un nom propre ou au nom de l’art de nouvelles zones de différenciations dans la culture, de nouvelles formes de vie culturelle au sens de mondes de significations, de comportements et d’objets. Ce que les artistes et les musées ne pourront jamais accomplir si jamais ils l’avaient souhaité, à savoir chercher à accomplir au niveau de la réalité quotidienne le fantasme utopique d’une bonne alliance des corps et des idées via des artefacts et des normes existentielles, les entreprises en tant que marques proactives anonymes ne cessent de le faire. Mieux : c’est là leur raison d’être même, ce qui rend compte de leur prolifération, de leur inventivité, de leur succès et du respect que nous leur portons… parce que nous savons que, quelque part, nous sommes tous plus ou moins traversés, intoxiqués, «marqués» à vie par elles… à notre corps défendant ou par plaisir.

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Mais pourquoi cette capacité des entreprises à créer de nouvelles formes de vie culturelle est-elle si en phase avec notre époque ? Autrement dit : pourquoi notre époque est-elle celle des entreprises ? Nous répondons : parce que si les années 60 / 70 étaient celles de la contestation du pouvoir attaché aux institutions et les années 80 / 90 celles de la remise en question de l’autonomie du sujet, les années 2000 et 2010 sont celles d’une réconciliation entre sujet et institution, une retrouvaille qui n’est devenue possible qu’à partir du moment où le premier a cessé de croire à son originalité et que la seconde ne s’est plus prise au sérieux.

Les années 60 / 70 était analytiques ou lacaniennes, les années 80 / 90 déconstructivistes ou derridiennes. Les années 2000 / 2010, elles, sont synthétiques (sphérologiques) ou sloterdijkienne (pour Peter Sloterdijk, auteur de la trilogie « Sphères »). Or les entreprises sont des machines à synthétiser. Et c’est pour cela que notre époque est celle des Entreprises, des Marques… Que de choses ne deviennent possibles, combien de rêves ne peuvent-ils se réaliser, d’entreprises se mener dès lors que des sujets post-analysés disposants d’une idée post-critiquée de l’art rencontrent un concept post-déconstruit de l’institution !

Nous le savons aujourd’hui, rien ne peut être dit « faux » car tout est inventé et c’est une bonne chose. Car cela veut dire que l’on n’a plus à devenir soi-même pour être quelqu’un et que nous pouvons être tout un chacun une institution porteuse pour les autres. Quel pertinence y-a-t-il encore aujourd’hui à critiquer une institution ou analyser son moi (ou le moi des autres) quand on a découvert que l’on pouvait créer de nouvelles institutions sans avoir au préalable à comprendre qui l’on est « vraiment » puisque l’on sera en même temps coproduit par cette institution auto-inventée et productive d’idées, de comportements, d'objets…  et de souvenirs.

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Deux problèmes sont ainsi résolus d’un coup : celui d’avoir à être quelqu’un et celui d’avoir à faire quelque chose. La grande question, nous dit Liam Gillick, qui a porté et traversé les années 90, et qui aurait aussi bien pu être le titre de la plupart des expositions de sa génération était : HOW TO BEHAVE ? Vingt ans plus tard, on ne peut plus poser la même question parce que l’on ne peut plus faire semblant de ne toujours pas savoir. WE KNOW HOW TO BEHAVE.

C’est lorsque le magma de ces réflexions a commencé à se refroidir que le personnage du Président-Fondateur de l’entreprise The Tropicool Company a pris forme tel un Golem du fond de sa boue. Une vraie entreprise avec son nom original (le mot Tropicool est déposé à l’INPI), son logo, ses méthodes propre de travail et d’organisation et donc bien sûr, sa "culture maison".

Certaines expositions cherchent à justifier leurs présences ou légitimer leurs existences par le fait qu’elles «mettent quelque chose en question». Peut-être le temps est-il venu de commencer à apporter des réponses. Et la nôtre porte comme nom, after Broodthaers, celui d' « Entreprise d’Art Tropicool Département des Toucans. », un endroit parmi d’autres, ce Lieu Incontournable, où l’on peut se retrouver à chaque fois que l’on décide de passer d’une idée générale à une TROPICOOL IDEA.

Ecrit au centre d'art Le Consortium, Dijon, mai 2017