The Tropicool Company
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L'AMOUR L'AMOUR L'AMOUR

L’amour ! L’amour ? L’amour.

    Dans ma jeunesse je confondais l’amour avec le fait de désirer une personne dont j’avais spontanément « envie ». La nature humaine étant bonne, pensais-je alors, mes instincts l’étaient aussi forcément. Il devait donc suffire de me laisser guider par mes inclinations les plus naturelles – comme avec un bâton de sourcier - pour tomber sur ce trésor enfoui nul part mais qui affleurait partout et que l’Occident a nommé Amour.

    En grandissant, je me suis mis à distinguer l’amour du désir c’est-à-dire à ne plus prendre mes désirs personnels pour la réalité d’un sentiment amoureux. Mes envies du moment ne dépendant finalement que de moi, il m’apparu risqué de leur demander de me relier solidement à quelqu’un d’autre. Si l’amour était bien en effet ce qui « attache » deux êtres ensemble, il ne pouvait alors être autre chose qu’une passion qui est toujours une passion pour l’autre. Mon désir de possession d’une personne n’était en effet qu’une pulsion unilatérale faisant fi de toute réciprocité là où la passion attachante se mesure à l’aune de tout ce qu’elle souhaite sans jamais entièrement l’obtenir.

    Mon passage du désir à la passion me fit ainsi comprendre que l’amour n’était pas de l’ordre de ce qui nous attire le plus mais ce qui, au contraire, demandait une certaine retenue. Qu’il n’était pas ce qui se profile à l’horizon de mes projections imaginaires mais ce qui, ici et maintenant, exigeait un travail sur soi. En bref, que la Carte du Tendre n’était pas un jardin de plaisir à la française où l’on pouvait laisser libre cours à ses envies mais, bien plutôt, une jungle équatoriale de sentiments où seuls survivaient ceux qui arrivaient à discipliner leurs émotions.

    Au bout d’un certain temps, cependant, le monde anarchique de la passion, comme avant lui la loi inébranlable du désir, relâcha sur moi son emprise. Survint alors la question suivante : la relation amoureuse, pour être complète, ne devait-elle pas également m’engager dans un certain type de rapport à la sagesse, à la quiétude, au bonheur ? Par delà désir et passion, quête et combat, stratégie et discipline, il existe bien en effet une autre manière de se relier à l’autre et qui porte le nom d’intimité. L’intimité… cette propension partagée par deux personnes à situer le lieu d’où ils s’aiment dans l’écart absolu qui, en les séparant irrémédiablement, les oblige à se reconnaître l’un et l’autre et à s’adresser l’un à l’autre en tant que Sujets autonomes. L’amour, depuis le début, se tapissait là. Dans ce gouffre abyssal qu’un couple ne peut manquer de former mais qui, parce qu’il est sans fond, peut s’en satisfaire à tout jamais.

Jonathan Chauveau-Friggiati