The Tropicool Company
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2013 BLOODY MARY


2013, BLOODY MARY
GALERIE TORRI

exposition collective Bloody Mary où est présenté pour la première fois le projet Les Intercesseurs.

http://laurejaumouille.blogspot.fr/2014/11/frog-n13-surfin-bloody-mary.html

En mars 2013, le galeriste Romain Torri invitait à Jonathan Chauvau à réaliser une exposition dans le cadre de la manifestation Nouvelles Vagues, un événement parisien initié par le Palais de Tokyo dans le but de promouvoir les pratiques curatoriales de la dernière génération de commissaires[1]. La première œuvre posée en devanture de l’espace d’exposition sera une simple affiche des années 50 vantant les attraits de la destination Hawaï par l’entremise d’une jeune, belle et souriante surfeuse en pleine action… 
Tout commence par l’analyse sociologique suivante : depuis le début des années 2000, la courbe de croissance des stratégies de reconnaissance individuelles dans le milieu socio-économique de l’art contemporain s’est exacerbé dans des proportions exactement équivalentes à celle décrivant la place de plus en plus grande qu’y occupent « les commissaire d’exposition ». A l’image de l’artiste, le curator produit un objet - spatio-temporel -, dont il reconnaît et revendique toute la paternité créative. Ainsi, la pratique du commissariat d’exposition fait aujourd’hui l’objet de multiples débats et même d’une historiographie – toute nouvelle -, dont la pierre d’achoppement théorique a été posée par le curateur Eric Troncy (co-fondateur de FROG) lorsqu’il demanda à ce que l’on appelle sa trilogie « Dramatically Different », « Weather Everything » and « Coollustre » réalisée entre 1997 et 2003 des « expositions d’auteurs comme on appelle certains films des films d’auteurs ». En référence également à l’émergence du cinéma d’auteur dans la France de la fin des années 1950, les fameuses Nouvelles Vagues sur lesquelles le Palais de Tokyo semble avoir donc voulu souffler sanctionneraient ainsi l’hégémonie - ou la maturité, c’est selon - d’une définition exclusivement auctoriale du « métier » de commissaire d’exposition.

 

Dans le contexte de ces métaphores nautiques, on ne s’étonnera donc pas que Jonathan Chauveau ait cherché à filer la métaphore du surf. Pour autant, les expressions « défendre une thèse », « illustrer un thème », « imaginer, composer, créer une œuvre curatoriale originale… » se révèlent totalement étrangères aux intentions qui ont présidé à la fabrication de BLOODY MARY, une exposition dont le commissaire a choisi délibérément de se retirer, afin de laisser une multiplicité d’êtres de fiction[2] - idées, œuvres, individus, entités organisées…- s’y rencontrer de manière imprévue. Considérant que « la définition la plus actuelle du commissaire d’exposition est d’incarner le sens du collectif ou, mieux encore, d’en être le dépositaire »[3], Jonathan Chauveau refuse en effet le devenir–vague proposé, pour mieux se laisser porter par le/les courant(s) d’une dérive aux accents situationnistes. En décembre 2012, il visitait à titre de journaliste l’appartement parisien du notaire et collectionneur Jean-Michel Attal. Quelques mois plus tard, le commissaire engagé à répondre à l’invitation de Romain Torri, décide de se livrer à un exercice – ou plutôt à un jeu – expérimental. Les règles en sont simples[4], les voici : 

  1. « Ne pas avoir d’idées »
  2. « Jouer avec l’existant »
  3. « Rester libre du début à la fin » 

Trois solutions de facilités qui apparaissent, au regard de certains codes dominants en vigueur aujourd’hui, trois missions impossibles… 

Laure Jaumouillé